Vestale


Vestale

Bas-relief représentant une vestale, œuvre de l'époque d'Hadrien, Antiquarium du Palatin
 
Bas-relief représentant une vestale, œuvre de l'époque d'Hadrien, Antiquarium du Palatin

Une vestale était une prêtresse dédiée à Vesta, déesse du foyer à Rome. Vesta est une divinité italique dont le culte est probablement originaire de Lavinium et qui fut ensuite assimilée à la déesse grecque Hestia.

 

Le culte de Vesta

Le culte de Vesta était intimement lié aux origines de la ville de Rome. La légende indique que les frères jumeaux Romulus et Remus sont les fils de Rhéa Silvia fille du roi d'Albe, une Vestale d'Albe la Longue et du dieu Mars.

Fruits d'un amour interdit, ils ont été exposés et leur mère condamnée. Selon Tite-Live I, 20, c'est le Sabin Numa Pompilius, deuxième roi de la Ville, qui transférera le culte de Vesta à Rome. Les Vestales étaient les continuatrices d'une très ancienne tradition, le maintien du feu commun perpétuellement allumé.

L'historien Denys d'Halicarnasse donne de nombreux détails sur leur rôle (Les origines de Rome,livre II, 66-67) :
Le Grand Pontife choisissait quatre fillettes à l'origine (puis six, et ensuite sept fillettes) âgées de 6 et 10 ans, et de naissance libre (d'origine patricienne exclusivement). Elles devaient être sans défaut physique ni moral (y compris parfois dans leur ascendance familiale) et devaient, sous peine de mort, rester vierges durant leur sacerdoce. Garantes de la conservation d'un élément aussi primordial que le feu, elles ont ensuite reçu en dépôt, dans le temple rond de Vesta, d'autres reliques garantes de la durée de Rome. L'extinction spontanée du feu était considérée comme un funeste présage.

Le service des Vestales durait trente ans. Leur collège s'organisait en trois groupes d'âges différents, les plus jeunes étant instruites par les plus anciennes pendant dix ans, celles de la classe d'âge intermédiaire entretenant le feu civique en permanence. Leur costume consistait en une tunique (stola), par-dessus laquelle elles mettaient une veste de lin. Leur chevelure était coupée lors de leur consécration. A l'issue de son temps de sacerdoce, la vestale pouvait, si elle le souhaitait, revenir à la vie civile et se marier.

 

Un statut privilégié

Les Vestales jouissaient de nombreux privilèges attachés à leur charge. Entretenues aux frais de l'État, elles étaient affranchies de l'autorité paternelle (alors qu'une femme romaine était mineure toute sa vie). Elles avaient le droit de tester ; elles témoignaient sans prêter serment à un procès. À la fin de la République romaine, elles étaient précédées d'un licteur pendant leurs déplacements ; les consuls et les préteurs leur cédaient le pas et faisaient abaisser leurs faisceaux devant elles en signe de respect.

Même le veto d’un tribun de la plèbe, pourtant également sacro-saint, ne pouvait faire opposition aux déplacements d’une Vestale. Ainsi la vestale Claudia permit à son frère à qui le Sénat refusait les honneurs du triomphe d’aller quand même au Capitole : elle monta à bord du char de son frère, et personne ne put les empêcher de parcourir la Via Sacra et d’atteindre le Capitole[1].

Lorsqu'une Vestale rencontrait un condamné qu'on menait au supplice, elle avait le droit de demander qu'il fût gracié, à la condition toutefois de prouver que la rencontre était fortuite. L'inviolabilité du temple de Vesta et de la personne de ses prêtresses faisait qu'on déposait entre les mains de celles-ci les testaments qu'on voulait mettre en sûreté, et parfois même certains traités solennels. Enfin, leurs cendres étaient inhumées à l'intérieur même du pomœrium, en dérogation à la loi sur les inhumations.

 

L'inceste

En cas de relations sexuelles sacrilèges, un crime qualifié d'incestus, les vestales étaient enterrées vivantes. Une étude récente montre que cette punition était peut-être une façon de faire accepter au corps civique un sacrifice humain aux dieux. En effet, d'après la (courte) liste des Vestales ayant commis le sacrilège d'avoir des relations coupables pendant leur sacerdoce, on remarque que ces sacrilèges surviennent souvent lors de grandes catastrophes pour la cité (siège de Rome par Brennus, désastre de Cannes dans la guerre contre Hannibal) et les sacrifices qui suivent sont un moyen de rétablir la pax deorum.

Après avoir été fouettée de verges, elle était habillée comme une défunte, et transportée dans une litière fermée selon l'usage lors des funérailles, jusqu'au campus sceleratus, qui était situé dans l'enceinte de la cité, tout près de la porte Colline. Elle était enterrée avec une lampe et une petite provision des choses nécessaires à la vie, du pain, de l'eau dans un vase, du lait, de l'huile. Le fait que son exécution ait lieu à l'intérieur du pomérium est là aussi révélateur du caractère particulier des Vestales, puisque la mort était bannie de cette enceinte sacrée (les armes et les légionnaires n'y entraient pas, le champ de Mars était à l'extérieur, les exécutions capitales aussi). La coupable descendait dans une petite piece sans ouverture. Quant à son complice, il était battu de verges jusqu'à ce qu'il expirât sous les coups.

Voir la description de Charles Paul Landon du tableau Le Supplice d'une vestale du peintre néo-classique Jean-Baptiste Peytavin exposé au Salon de 1801.

 

Les Vestales sous la République

  • En 390 av. J.-C., lors de l'incursion des Gaulois contre Rome, les Vestales furent mises en sécurité à Caere, ville étrusque voisine et amie de Rome, et furent ainsi épargnées lors du sac de Rome[2].
  • En 273 av. J.-C., la vestale Sextilia, convaincue d'adultère, est enterrée vive près de la porte Capène[3]
  • Vers 204 av. J.C., la vestale Claudia Quinta accueille miraculeusement la statue de la déesse Cybèle[4]
  • En 114 av. J.-C., l'inconduite des vestales Aemilia, Marcia et Licinia qui multiplient les amants est dénoncée par un esclave. Le grand pontife Lucius Caecilius Metellus Dalmaticus ne condamne que Aemilia et acquitte les deux autres. L'affaire est rejugée l'année suivante par Lucius Cassius Longinus Ravilla à la demande du peuple indigné par le premier jugement, et les trois vestales sont exécutées[5].
  • En 73 av. J.-C., Catilina est accusé d'avoir eu une relation criminelle avec une Vestale mais est acquitté.

 

Les Vestales sous l'Empire

L'historien Suétone témoigne d’une certaine désaffection des romains pour cette institution, au début de l’empire, sous Auguste :

  • comme le décès de l’une d’entre elles imposait le choix d’une remplaçante, voyant beaucoup de citoyens faire des démarches pour ne point soumettre leurs filles au tirage, il (Auguste) jura que si l’une ou l’autre de ses petites-filles avait eu l’age requis, lui-même l’aurait offerte. (Suétone, Vie des douze Césars, Auguste, XXXI).
  • Néanmoins, Tacite témoigne sous Tibère du zèle de deux familles patriciennes à proposer leur fille pour remplacer une défunte vestale. Tibère choisit celle dont les parents n’avaient jamais divorcé, et consola l’autre candidate d’une dot d’un million de sesterces (Tacite, Annales, II, 86).

Le respect accordé aux vestales reste grand. Personnes sacrées, elles sont intouchables, et nul ne peut leur interdire d’aller où bon leur semble, ce qui permet de leur confier des missions d’intermédiaires de dernier recours :

  • en 48, Messaline, devinant que Claude va la condamner pour son inconduite, fait intervenir la Grande Vestale Vibidia en sa faveur, pour solliciter une rencontre avec Claude : « [Narcisse] ne put éloigner Vibidia, ni l’empêcher de demander que l’on ne fit point périr une épouse sans entendre sa défense » (Tacite, Annales, livre XI, 34)
  • Lors de la guerre civile de 69, les vestales apportent des propositions de négociation de Vitellius aux partisans de Vespasien (Tacite, Histoires, livre III, 81)

Suétone signale un scandale qui eut lieu sous Domitien (81-96) :

  • quand aux débordements sacrilèges des Vestales, sur lesquels son père et son frère avaient fermés les yeux, il (Domitien) les punit avec sévérité, de différentes manières, d’abord de la peine capitale, ensuite selon la coutume des ancêtres. Il permit aux sœurs Oculata ainsi qu’à Varonilla de choisir leur supplice et relégua leurs séducteurs, mais plus tard Cornelia, la grande Vestale, autrefois acquittée, ayant après un long intervalle été accusée de nouveau et convaincue, il ordonna de l’enterrer vive et de flageller ses complices jusqu’à la mort, exception faite pour un ancien préteur qu’il condamna simplement à l’exil parce qu’il avait avoué son crime alors que l’affaire était encore mal éclaircie et que ni les enquêtes ni la torture ne permettaient de conclure. (Vie des douze Césars, Domitien, VIII).

L’affaire témoigne d’une dissolution des mœurs des vestales, du moins si les accusations sont exactes car l’instruction du procès de Cornelia est douteuse, et repose sur un témoignage extorqué. Il est toutefois difficile d’en tirer une conclusion générale sur un relâchement des mœurs des vestales, car c’est le seul scandale rapporté par Suétone pour toute la période du Ier siècle, en dehors de l’insinuation d’un viol de vestale commis par Néron.

Le collège des Vestales fut aboli en 389 par l'édit de l'empereur chrétien Théodose Ier qui interdisait le culte païen, après onze siècles d'existence.


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