AVS scolaire ou AVS sociale, deux métiers que tout oppose sauf le nom
Même acronyme, deux réalités.
Quand on tape « formation des AVS » dans Google, on tombe sur des fiches métier qui parlent tantôt d’enfants handicapés à l’école, tantôt de personnes âgées à domicile. Ce n’est pas un hasard : l’acronyme AVS désigne deux métiers distincts, et la plupart des sites confondent les deux sans prévenir.
L’auxiliaire de vie scolaire accompagne des élèves en situation de handicap dans les écoles, collèges et lycées. Son employeur est l’Éducation nationale. Son quotidien se passe en classe, en cantine, en sortie scolaire. Il travaille sur le temps scolaire, avec les vacances qui vont avec.
L’auxiliaire de vie sociale, de son côté, intervient au domicile de personnes âgées, handicapées ou fragilisées. Son employeur est un organisme de services à la personne, un CCAS, un EHPAD, ou parfois un particulier.
Les formations sont différentes. Les salaires sont différents. Les conditions de travail sont différentes. Le seul point commun entre les deux métiers, c’est l’accompagnement de personnes vulnérables et le besoin de patience, d’écoute et de résistance physique.
L’AVS scolaire (devenu AESH) est recruté par l’Éducation nationale, travaille 24 à 26 heures par semaine en période scolaire, et touche entre 750 et 900 euros nets par mois. L’AVS sociale est recrutée par un organisme de services à la personne ou un CCAS, travaille souvent en horaires fragmentés (matin tôt, soir tard, week-ends) et démarre au SMIC horaire. Les deux métiers recrutent massivement, mais les parcours de formation pour y accéder n’ont rien en commun.
Cet article traite les deux parcours. Si vous savez déjà lequel vous intéresse, vous pouvez sauter directement à la section qui vous concerne. Si vous hésitez, la suite devrait vous aider à trancher.
Ne choisissez pas votre formation avant d’avoir choisi votre métier. C’est le premier piège, et le plus fréquent.
Côté école : le statut d’AVS n’existe plus, celui d’AESH l’a remplacé
Plus aucun AVS recruté depuis juillet 2019.
C’est l’information que beaucoup de sites oublient de mentionner. Le statut d’auxiliaire de vie scolaire a été progressivement remplacé par celui d’AESH (accompagnant d’élèves en situation de handicap) à partir de 2014. La circulaire 2014-083 du 8 juillet 2014 a posé les bases du nouveau cadre d’emploi. Depuis juillet 2019, plus aucun contrat aidé AVS n’est signé. Tous les postes sont désormais des postes AESH.
La loi Handicap de 2005 avait posé le droit à la scolarisation en milieu ordinaire. Le statut AESH est la traduction concrète de cette promesse, neuf ans plus tard.
Si vous cherchez une « formation AVS scolaire » en 2026, vous cherchez en réalité une formation pour devenir AESH. Le changement de nom n’est pas cosmétique. Les conditions de recrutement, les contrats et la formation ont évolué.
Pour être recruté comme AESH, il faut remplir l’une de ces trois conditions : avoir un baccalauréat (ou équivalent), détenir le DEAES (diplôme d’État d’accompagnant éducatif et social, spécialité « accompagnement à l’éducation inclusive et à la vie ordinaire »), ou justifier d’au moins neuf mois d’expérience dans l’accompagnement de personnes en situation de handicap.
Le recrutement passe par le rectorat. Vous envoyez votre candidature (CV et lettre de motivation) à la DSDEN de votre département ou directement sur le site de l’académie. Si votre dossier est retenu, un chef d’établissement vous convoque pour un entretien. Le premier contrat est un CDD de trois ans, renouvelable une fois. Après six ans, vous accédez au CDI.
Il existe trois types de missions AESH. L’AESH-i (individuel) suit un seul élève, selon une notification de la MDPH. L’AESH-m (mutualisé) intervient auprès de plusieurs élèves qui ne nécessitent pas une attention continue. L’AESH-co (collectif) travaille dans des dispositifs spécialisés comme les ULIS (unités localisées pour l’inclusion scolaire). Le type de mission dépend de la décision de la CDAPH, pas du candidat. Dans la pratique, un même AESH peut changer de type de mission d’une année à l’autre.
Chaque nouvel AESH suit 60 heures de formation d’adaptation à l’emploi. Des plans académiques prévoient des modules de perfectionnement (autisme, communication alternative, gestes de premiers secours), mais la participation reste limitée par le manque de remplaçants.
En 2024, les 130 000 AESH en France ont bénéficié d’une revalorisation salariale de 11 à 14 %, accompagnée d’une indemnité de fonctions annuelle de 1 529 euros bruts. C’est un progrès réel. Mais la précarité demeure : les AESH travaillent à temps incomplet (50 à 62 % d’un temps plein), ce qui ramène la paie nette entre 750 et 900 euros mensuels. Le temps plein théorique rapporterait environ 1 300 euros nets, mais il est rarement proposé.
Côté domicile : la formation des AVS sociales en 2026
525 heures de théorie, 840 heures de pratique.
Le diplôme de référence pour devenir auxiliaire de vie sociale est le DEAES, le diplôme d’État d’accompagnant éducatif et social. Créé en 2016, il a remplacé l’ancien DEAVS (diplôme d’État d’auxiliaire de vie sociale) et l’ancien DEAMP (diplôme d’État d’aide médico-psychologique). En 2021, les trois spécialités du DEAES ont fusionné en un tronc commun, suivi d’une spécialisation au choix : accompagnement de la vie à domicile, accompagnement en structure collective, ou accompagnement à l’éducation inclusive.
La formation dure entre 9 et 24 mois selon l’organisme et le rythme choisi. Elle comprend 525 heures d’enseignement théorique et 840 heures de formation pratique (stages). Aucun diplôme n’est exigé pour s’inscrire. En revanche, l’admission passe par deux épreuves : un écrit d’1h30 (questionnaire sur l’actualité sociale) et un oral de 30 minutes (entretien de motivation).
Le DEAES est un diplôme de niveau 3 (équivalent CAP). C’est modeste sur le papier, mais il ouvre des portes dans trois directions à la fois : le domicile, les structures collectives et l’école inclusive. C’est ce qui le rend stratégique pour une reconversion.
L’histoire de ce diplôme mérite une parenthèse. Avant 2016, il existait trois diplômes séparés : le DEAVS pour le domicile, le DEAMP pour l’aide médico-psychologique, et rien de formalisé pour les AVS scolaires. Le DEAES les a fusionnés. En 2021, une nouvelle réforme a unifié le tronc commun et ajouté un cinquième bloc de compétences. Si vous tombez sur des fiches métier qui parlent encore du DEAVS, elles sont périmées. Le DEAES est le seul diplôme en vigueur.
La formation est proposée par des organismes publics et privés : centres de formation Croix-Rouge, IRTS (instituts régionaux du travail social), lycées professionnels, organismes agréés. Le coût varie entre 4 000 et 7 000 euros selon les établissements, mais de nombreuses places sont financées par les régions ou par France Travail (ce point est détaillé plus bas).
D’autres formations permettent d’accéder au métier d’auxiliaire de vie sociale. Le titre professionnel ADVF (assistant de vie aux familles) se prépare en environ 600 heures, soit 4 à 6 mois. Il est plus court que le DEAES mais plus limité dans ses débouchés : il oriente vers l’aide à domicile et la garde d’enfants, sans ouvrir la porte du milieu scolaire ou des structures collectives.
Le Bac Pro ASSP (accompagnement, soins et services à la personne), option « à domicile », se prépare en trois ans après la 3e ou en deux ans après un CAP. Il convient aux jeunes qui savent tôt qu’ils veulent travailler dans le secteur. Le Bac Pro SAPAT (services aux personnes et aux territoires) est une variante orientée milieu rural.
Rappel utile, en lien avec la section précédente : le DEAES est le seul diplôme qui ouvre les portes des deux métiers, AVS scolaire (via la spécialité éducation inclusive) et AVS sociale (via la spécialité domicile). Si vous hésitez encore entre les deux, c’est le choix le plus polyvalent.
DEAES, TP ADVF, Bac Pro : comment choisir la bonne formation des AVS
Il n’y a pas de mauvais choix, mais il y a des choix inadaptés à votre situation.
Le DEAES est le diplôme le plus complet. Il dure entre 9 et 24 mois, c’est un diplôme d’État inscrit au RNCP, il propose trois spécialités et il ouvre le plus de portes en termes d’évolution de carrière (passerelles vers aide-soignant, TISF, moniteur éducateur). C’est le choix recommandé si vous avez le temps et que vous voulez un socle solide. Son principal inconvénient : la durée. Neuf mois au minimum, c’est long quand on a besoin de travailler rapidement.
Le titre professionnel ADVF est plus court : environ 6 mois, parfois moins en formation accélérée. Il est orienté aide à domicile et garde d’enfants. C’est un bon choix si vous visez spécifiquement l’intervention à domicile auprès de personnes âgées et que vous voulez être opérationnel vite. En revanche, il n’ouvre pas la porte du milieu scolaire et ses débouchés d’évolution sont plus limités que ceux du DEAES.
Le Bac Pro ASSP, option domicile, dure deux à trois ans. C’est le parcours logique pour les jeunes en formation initiale ou pour les adultes qui veulent un diplôme de niveau bac ouvrant vers des études d’aide-soignant. C’est le choix le plus long mais aussi le plus diplômant.
Vous êtes demandeur d’emploi et vous voulez aller vite ? Le TP ADVF est probablement le bon compromis. Vous êtes salarié en reconversion avec du temps devant vous ? Le DEAES est plus stratégique. Vous avez moins de 20 ans et vous savez que le secteur vous intéresse ? Le Bac Pro ASSP vous donne le socle le plus large.
Un détail que peu de guides mentionnent : le TP ADVF et le DEAES ne sont pas mutuellement exclusifs. Certaines personnes commencent par le TP ADVF pour travailler rapidement, puis passent le DEAES en formation continue ou par VAE quelques années plus tard. C’est un parcours progressif qui peut convenir aux personnes qui ne peuvent pas se permettre de ne pas travailler pendant 9 à 24 mois.
Reste une question que personne ne traite : combien ça coûte, et qui paie.
Financer sa formation d’auxiliaire de vie : CPF, France Travail et autres leviers
Vérifiez votre CPF avant de signer quoi que ce soit.
Le DEAES et le TP ADVF sont tous deux inscrits au RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles), ce qui les rend éligibles au CPF (compte personnel de formation). Si vous avez travaillé pendant plusieurs années, vous avez accumulé des droits. Un solde de 2 000 à 3 000 euros n’est pas rare. Vérifiez le montant sur moncompteformation.gouv.fr avant de vous engager avec un organisme de formation.
France Travail (ex-Pôle emploi) propose des formations gratuites et rémunérées pour les demandeurs d’emploi. L’AIF (aide individuelle à la formation) peut couvrir tout ou partie du coût d’une formation non prise en charge autrement. Les préparations opérationnelles à l’emploi (POE) permettent de se former avant une embauche. Skills and You, la plateforme de formation en ligne de France Travail, propose aussi des parcours auxiliaire de vie gratuits et rémunérés.
Les Conseils régionaux financent des places en DEAES chaque année via des appels d’offres. Le nombre de places varie selon les régions et les budgets. Pour en savoir plus, consultez le catalogue du réseau CARIF-OREF de votre région, qui recense toutes les formations disponibles.
Pour les salariés en poste, le congé de transition professionnelle (ex-CIF) permet de financer une reconversion tout en maintenant le salaire. Le dossier est à monter avec l’OPCO de votre branche.
Enfin, la VAE (validation des acquis de l’expérience) est une voie souvent oubliée. Si vous avez déjà 1 607 heures d’expérience dans l’accompagnement de personnes vulnérables (même en bénévolat), vous pouvez obtenir le DEAES sans suivre la formation complète. Depuis la réforme de décembre 2023, les démarches VAE passent par le portail France VAE, avec un accompagnement simplifié.
Salaire, horaires et quotidien : ce que les fiches métier ne disent pas
La satisfaction vient du lien humain, rarement de la fiche de paie.
Côté AESH, le temps partiel est imposé, pas choisi. Les AESH interviennent uniquement sur le temps scolaire de l’élève : entre 24 et 26 heures par semaine selon le degré. Cela correspond à 50-62 % d’un temps plein. Le salaire net mensuel tourne autour de 750 à 900 euros. Les vacances scolaires sont un avantage ou une contrainte, selon que vous avez besoin du temps libre ou du revenu. La relation avec l’élève est souvent forte et gratifiante. La charge émotionnelle l’est aussi.
Côté aide à domicile, le SMIC horaire est la norme pour un débutant. La plupart des auxiliaires de vie travaillent à temps partiel, avec des horaires fragmentés : une intervention de 7h à 9h le matin, une autre de 17h à 19h le soir, parfois des week-ends et jours fériés. L’usure physique est réelle (aide au lever, au coucher, aux transferts). Le turnover dans le secteur est élevé. D’après une étude menée par Néovian Partners en 2019, certains auxiliaires de vie envisagent une reconversion en accueil familial pour échapper à la fragmentation des horaires.
En France, plus de 175 000 auxiliaires de vie exercent au quotidien, avec une forte majorité de femmes (91 % selon les données du secteur). Le salaire mensuel moyen net tourne autour de 1 400 à 1 460 euros, mais ce chiffre masque une réalité : il inclut les majorations pour travail de nuit, de week-end et de jours fériés. Sans ces majorations, la paie est nettement plus basse. Le travail de nuit et de dimanche est d’ailleurs ce qui permet à beaucoup d’auxiliaires de compléter leur revenu.
Les chiffres du marché sont pourtant massifs : d’après une étude de la DGE publiée en 2023, 305 000 postes d’aides à domicile et aides ménagères seront à pourvoir d’ici 2030, dont 98 000 créations nettes d’emploi. Le secteur emploie environ 1,3 million de salariés. La demande ne faiblira pas.
Les revalorisations salariales récentes, évoquées dans la section sur le financement, changent un peu la donne. Côté AESH, la hausse de 11-14 % en 2024 et l’indemnité annuelle sont des signaux réels. Côté domicile, les conventions collectives du secteur SAP ont été renégociées, avec des grilles en hausse. Mais on reste loin d’un salaire confortable à temps partiel.
Les conditions sont difficiles. La demande est massive. C’est un métier de terrain, pas de bureau.
Après la formation des AVS : les passerelles vers d’autres métiers
Le DEAES est une porte, pas un plafond.
C’est un point que beaucoup de candidats ignorent. Le DEAES donne accès à des passerelles concrètes vers d’autres diplômes du secteur médico-social, avec des allègements de formation significatifs.
La passerelle la plus fréquente est celle vers le DEAS (diplôme d’État d’aide-soignant). Les titulaires du DEAES bénéficient de dispenses sur plusieurs modules, ce qui réduit la durée de la formation. L’aide-soignant travaille en structure (hôpital, EHPAD, clinique) avec un salaire et des conditions sensiblement meilleurs. C’est la progression naturelle pour quelqu’un qui veut rester dans l’accompagnement mais gagner en stabilité et en rémunération. La formation aide-soignante dure environ 10 mois, mais les allègements pour les titulaires du DEAES peuvent réduire ce délai.
Le DE TISF (technicien d’intervention sociale et familiale) est une autre possibilité. C’est un métier d’aide à domicile avec des responsabilités plus larges : accompagnement éducatif des familles, coordination d’interventions, gestion de situations de crise. La formation dure environ 18 mois.
Le DEME (diplôme d’État de moniteur éducateur) est accessible avec le DEAES comme base. Il oriente vers l’accompagnement éducatif en structure (foyers, instituts médico-éducatifs, maisons d’enfants). La formation dure deux ans.
Pour les AESH en poste depuis six ans, les concours internes de la fonction publique et de l’enseignement deviennent accessibles. C’est une voie d’évolution souvent méconnue. Par ailleurs, la VAE permet aux AESH expérimentés d’obtenir le DEAES sans repasser par la case formation, et ainsi d’accéder aux passerelles décrites ci-dessus.
Le parcours vers infirmier est possible mais plus long : il faut d’abord obtenir le DEAS, puis passer le concours d’entrée en IFSI. Comptez quatre à cinq ans au total depuis le DEAES.
Par où commencer sa formation des AVS dès aujourd’hui
Le secteur recrute. La formation est accessible. Le reste, c’est votre décision.
Si vous êtes demandeur d’emploi, la première étape est de contacter votre conseiller France Travail. Demandez s’il existe des formations auxiliaire de vie gratuites et rémunérées dans votre région. Vérifiez votre solde CPF sur moncompteformation.gouv.fr. Cherchez un centre DEAES ou TP ADVF sur le catalogue CARIF-OREF de votre région (intercariforef.org).
Si vous êtes salarié en reconversion, renseignez-vous sur le congé de transition professionnelle auprès de votre OPCO. Le DEAES est le parcours le plus stratégique si vous pouvez vous le permettre en termes de durée. Le TP ADVF est le compromis si le temps presse.
Si vous êtes jeune sans diplôme, le DEAES est accessible dès la sortie de 3e (aucun diplôme préalable requis, juste les épreuves d’admission). Le Bac Pro ASSP est une autre option, plus longue mais plus diplômante.
Si vous êtes déjà AESH en poste et que vous voulez sécuriser votre parcours, la VAE est faite pour vous. Depuis janvier 2024, le portail France VAE simplifie les démarches. Vous avez droit à des autorisations d’absence rémunérées pour préparer et passer les épreuves du DEAES. Renseignez-vous auprès de votre rectorat.
Quel que soit votre profil, vérifiez toujours que la formation visée est inscrite au RNCP et éligible au CPF avant de vous engager. Les organismes de formation ne sont pas tous de la même qualité, et le financement change tout dans l’équation.
Un dernier conseil : ne commencez pas par chercher « formation AVS » sur Google. Commencez par décider si vous voulez travailler à l’école ou à domicile. Ensuite, identifiez le diplôme adapté (DEAES, TP ADVF, ou Bac Pro). Ensuite seulement, cherchez l’organisme et le financement. Dans cet ordre, pas dans l’autre. C’est la seule façon d’éviter de perdre du temps et de l’argent dans un parcours qui ne correspond pas à votre projet.

